Une pochette magnifique, unique en son genre (surtout chez Blue Note), qui tient plus du chef d'oeuvre post-défonce psychédélique que de la sage photo de musicien en noir et blanc.
Une session extraordinaire de fraîcheur avec des musiciens de l'ombre mais de grand talent : Bill Phillips au tenor sax et à la flute, Joe Dukes à la batterie, Jerry Byrd à la guitare et l'efficace Richard Davis à la basse. McDuff étant bien sûr au hammond et au piano.
L'ambiance n'est pas au jazz électrique, et pourtant on sent qu'un vent de folie souffle sur l'enregistrement. Tout d'abord par la prise de son à la stéréo très large, d'autre part via la liberté d'improvisation commune qui règne et qui pourtant ne détruit en rien le groove puissant.
La fin des années 60 (l'album date de 1969) et son énergie revendicatrice influencent les musiciens. Chacun fait preuve d'une inventivité et d'une imagination que Jimmy Smith a dû leur envier sur le moment. La guitare est parfois légèrement saturée, souvent augmentée d'une wah-wah et toujours très cinématique (early-blaxploitation???) ; la basse est définitivement électrique et la batterie ultra-funky (caisse claire brute de décoffrage et ride crade à souhait).
Après, le reste n'est que magie puisque sur Moon Rappin' McDuff signe au piano un solo hallucinant de groove et de simplicité.
Et sur Oblighetto, le jazz-funk devient spirituel avec l'arrivée d'une voix quasi divine (ou bien diablesque), tandis que l'orgue s'influence du rock pour des nappes sorties tout droit de l'espace.
Du très très bon!



