"All of us have something to say, but some are never heard.
Over seven years ago, the people of Watts, stood together and demanded to be heard.
On a Sunday, this past August in the Los Angeles Coliseum, over 100,000 Black people came together
to commemorate that moment in American history. Over six hours the audience, heard, felt, sang, danced
and shouted the living word in a soulful expression of the Black experience.
This is a film of that experience and what some of the people have to say."
(dixit Richard Pryor)
Trailer (video) : Real Player -
Quick Time
Il existe des oeuvres, des crĂ©ations, des rĂ©alisations humaines dans l'Histoire qui parlent d'elles-mĂȘmes, pour l'humanitĂ©, pour l'universalitĂ©. Et tous les mots de l'esprit, mĂȘme du coeur, ne peuvent dĂ©crire la grandeur, la beautĂ© d'une oeuvre. C'est le cas de "Wattstax".
Wattstax, comprenez Watts-Stax, concert et évÚnement musical de la Stax Records, label de Soul music de Memphis, pour commémorer la 7e année des avancées et des réalisations de la communauté Afro-Américaine depuis les émeutes de 1965 à Watts, banlieue de Los Angeles. La liste des artistes du label Stax, présents à ce concert ce dimanche du 20 août 72, impose à elle seule le respect.
Wattstax, certains l'ont appelé le "Black Woodstock." Ridicule ! Incomparable ! Trop réducteur ! Wattstax est infiniment majeur, au-delà d'un "black Woodstock" dans lequel quelques uns ont voulu l'enfermer, sans doutes aussi par ce perpétuel complexe de conditionner le Noir par rapport au Blanc. Wattstax est aussi infiniment plus grand que la piÚtre qualité cinématographique de la Blaxploitation de son temps qui ne vaut, à l'exception d'une poignée de films, que pour ses B.O.
Le concert du 7e festival de Wattstax, du 20 août 1972 au Coliseum de Los Angeles est un évÚnement unique dans l'histoire de la Musique, dans l'histoire américaine et du peuple Afro-Américain.
Car ce concert cĂ©lĂšbre l'Ăąme d'un peuple : la texture, la lumiĂšre et le son de son Ăme ... Autrement dit, sa Musique.
Wattstax est donc un voyage dans l'espace musical Afro-Américain, à travers le funk, le rythm'n blues, la soul, le blues, le gospel du label Stax ...
Wattstax nous fait rĂ©aliser que la soul (l'Ăąme), le blues (mĂ©lancolie, blues de l'Ăąme), le negro-spiritual (champ spirituel de l'Ăme NĂšgre) renvoient encore et toujours Ă l'Ăąme. Et qu'avant le jazz et le blues, Ă©taient le gospel et le negro-spiritual. Gospel, Ă©tymologiquement
evangelius, signifiant
la bonne nouvelle, envoyée par le Divin aux humains. Justement, dans ce film, on assiste à une transe du public du L.A Coliseum ainsi qu'à une transe dans une église sur le magnifique gospel "Peace Be Still" (the Emotions) comme celles des rituels vaudous importés du Royaume Dahomey d'Afrique vers Haïti, mais aussi en Caroline du Nord et du Sud.
Ce n'est pas un hasard, si vodou a pour étymologie
vodun, qui en fon, langue de l'actuel Bénin (ancien Dahomey) signifie
esprit ... exactement, "esprit" ! ... comme le Saint-Esprit, comme l'Evangile ou le Gospel ou comme le Message ... comme celui d'un Grand Master Flash, par exemple.
Est-ce peut-ĂȘtre cette gratitude et cet hĂ©ritage qu'exprime Sly Stone en 71, l'annĂ©e prĂ©cedant Wattstax, en marmonant sous les effets des drogues avec ses mots Ă lui, le somptueux "Thank You For Talkin' To Me Africa ?" ... Wattstax est donc la cĂ©lĂ©bration de l'Ăme de ce peuple, Ă travers sa musique.
Ce peuple arrachĂ© Ă l'Afrique, kidnappĂ© et attĂ©ri de force dans les champs de coton du continent nord-amĂ©ricain. En ce sens, Wattstax rappele l'importance du blues et du gospel. Car le jour oĂč hommes et femmes de ce peuple ont pris une guitare et ont racontĂ© leur quotidien, leur vie, non seulement ils ont créé le Blues mais cette invention bouleversera par ses rĂ©percussions toute la musique populaire aux Etats-Unis, et en Occident.
Avec le Blues, Wattstax nous rappele que le Gospel est comme l'ovule, la cellule crĂ©atrice ou la matrice de toutes les musiques Afro-AmĂ©ricaines. Le Gospel, dont la structure rythmique et harmonique est africaine par essence, basĂ©e sur le chant et le contre-chant, du systĂȘme d'appel et de rĂ©ponse, dans un cadre identique aux religions africaines composĂ© par la musique, le prĂ©dicateur et l'assemblĂ©e. Ce gospel, oĂč le message (l'Ă©vangile) est vĂ©hiculĂ© par le rythme et la mesure, alors la musique devient un moyen de communiquer avec Dieu.
Le rÎle du Gospel a été déterminant dans la musique Afro-Américaine mais surtout dans l'histoire de ce peuple. Car l'Eglise, en premier lieu, comme refuge à l'oppression et lieu de communion, puis ensuite la musique religieuse et enfin profane ont été une force de cohésion incroyable pour surmonter l'esclavage, la guerre (Civil War), puis la ségrégation et élever ce peuple dans son état actuel.
C'est donc un bel hommage que Wattstax rend au Gospel et au Blues, respectivement la MÚre et le PÚre de la Musique Afro-Américaine ainsi qu'à ses dignes descendants le rythm'n blues, la soul et le funk.
C'est l'Ăąme d'un peuple que cĂ©lebre Wattstax, aussi en lui donnant la parole oĂč hommes et femmes, les anciens, les jeunes, toxicos, fous, ivrognes, brillants, lucides, Ă©loquents, bref le "Everyday People" ... Sly, oĂč es-tu ? ... qui racontent les uns et les autres, Ă tour de rĂŽle, leurs expĂ©riences, leur colĂšres, leurs angoisses, leur espoirs sur tous les sujets qui les touchent mais surtout leur fiertĂ©, simplement leur amour de ce qu'ils sont.
C'est avec humour et intelligence, que le réalisateur
Mel Stuart, donne la réplique à l'immense comédien Richard Pryor (cf Car Wash, The Wiz, Superman III, ..) dont les sketches à MDR rythment à leur tour ce superbe fim. Il est bon de se rappeler qu'avant les Chris Rock, Eddie Murphy, et les Black Queens et Kings of Comedy des sitcoms u.s actuels, il y a le génial comédien, Mr Richard Pryor.
Enfin, entre les sketches de Richard Pryor, lâorateur et le maĂźtre de lâassemblĂ©e le Reverend Jesse Jackson et l'Ăąme du peuple capturĂ©e par les micros et les camĂ©ras ambulants des rues de Watts, le concert Wattstax tel qu'il est diffusĂ©.
Ce concert force le respect.
En voici la set-list, et une sélection audio:
http://www.pbs.org/pov/pov2004/wattstax ... o_pop.html
( * Wattstax Additional Offscreen Performances )
"Whatcha See Is Whatcha Get," The Dramatics *
"Oh La De Da," The Staple Singers *
"We The People," The Staple Singers *
"The Star Spangled Banner," Kim Weston, L.A. Coliseum
"Lift Ev'ry Voice And Sing (The Black National Anthem)," Kim Weston, L.A.Coliseum
"Somebody Bigger Than You And I," Jimmy Jones, L.A. Coliseum
"Lying On The Truth," The Rance Allen Group, L.A. Coliseum
"Peace Be Still," The Emotions, Friendly Will Church
"Old Time Religion," Stax Golden 13 (William Bell, Eddie Floyd, Debra Manning, Eric Mercury, Freddy Robinson, Lee Sain, Ernie Hines, Little Sonny, Louise McCord, Newcomers, Temprees, Frederick Knight), L.A. Coliseum
"Respect Yourself," The Staple Singers, L.A. Coliseum
"Son Of Shaft," The Bar-Kays, L.A. Coliseum
"Iâll Play The Blues For You," Albert King, L.A. Coliseum
"Walking The Backstreets And Crying," Little Milton, Watts Railroad Tracks
"Jody's Got Your Girl And Gone," Johnnie Taylor, The Summit Club - Los Angeles, CA
"I May Not Be What You Want," Mel and Tim (Wattstax Additional Offscreen Performances)
"Pick Up The Pieces," Carla Thomas, L.A. Coliseum
"The Breakdown," Rufus Thomas, L.A. Coliseum
"Do The Funky Chicken," Rufus Thomas, L.A. Coliseum
"If Lovinâ You Is Wrong (I Donât Want To Be Right)," Luther Ingram, L.A. Soundstage
"Theme From Shaft," Isaac Hayes, L.A. Coliseum
"Soulsville," Isaac Hayes, L.A. Coliseum
"Lift Ev'ry Voice And Sing (Reprise)," Kim Weston, L.A. Coliseum
Set list différente des éditions parues autour de Wattstax, cliquer sur les covers :
Neuf ans aprĂšs le Civil Rights March sur Washington de 1963 ponctuĂ© par le doux rĂȘve d'un OrphĂ©e Negro majestueux au nom de Martin Luther King, câest donc Wattstax, qui deviendra le pĂšlerinage et la cĂ©lĂ©bration de la FiertĂ© Noire en ce Dimanche 20 aoĂ»t 1972.
CĂ©lĂ©brant 7 annĂ©es de rĂ©alisations et d'auto-dĂ©termination communautaire, 7 ans aprĂšs les Ă©meutes de Watts, L.A de 1965, dont Malcolm X en avait augurĂ© l'Ă©tĂ© explosif avant d'ĂȘtre lui-mĂȘme assassinĂ© en fĂ©vrier de cette mĂȘme annĂ©e, 7 ans aprĂšs 1965, comme 7 ans de rĂ©flexion pour un peuple qui comptera 67 en "Black Power", 68 en Black Panthers mais un 68 avec un 8 formĂ© par les 2 poings de Tommy Smith et John Carlos aux J.O de Mexico, mais aussi 68 comme l'assassinat du King, un Ă©norme traumatisme pour ce peuple, puis reprendra le compteur sur le "Say It Loud, I'm Black and Proud" de
James Brown ... 69, la roue tourne ? .... avec l'utopie du Woodstock et le Flower Power d'un Sly & The Family Stone, bien avant Prince et Michael Jackson, le 1er groupe multiracial à réussir le cross-over ... 70 les temps changent .... puis 71 comme Shaft ! comme Sweet Sweetback's Baadasssss Song ! Comme une introspection, comme un peuple qui redéfinit son image ... 71 ! There's a Riot Goin' On !
Banlieue de Watts, L.A, 1965, le Feu du slogan "Burn Baby Burn !" s'est éteint et s'est transformé en SiÚcle des LumiÚres ce jour de 1972 à Wattstax, celui du "Learn Baby Learn !" ...
Et cela, 20 ans avant le "Burn Hollywood Burn", songe puis mensonge du Hip-Hop à venir et prÚs de 25 ans déja, avant la Million Men March de Louis Farrakhan qui cloture la série des grands rendez-vous de ce peuple au 20e siÚcle ... Ainsi, 32 ans aprÚs l'évÚnement (le film était sorti en salles en 73), Wattstax sort pour la premiÚre fois le 7 septembre 2004 en vidéo, en édition spéciale 30e anniversaire CD & DVD.
Fiche technique du DVD et site officiel :
http://www.wattstax.com
A lire et Ă visionner :
http://www.pbs.org/pov/pov2004/wattstax/
2 Bonus Video du DVD, Real Player (cliquez dessous)
Mel Stuart, réalisateur -
Al Bell, producteur
& Music Historian Rickey Vincent on Wattstax :
Real -
Quicktime
Je ne peux sceller ce post sans ajouter qu'aux cotés de Al Bell, la production est co-signée
David L. Wolper, un monstre de la production du documentaire et du film américain. Ce n'est sans doute pas un hasard, si 5 ans aprÚs la production de Wattstax, David L. Wolper s'attaquera en 1977 à un immense chantier, celui de Roots. Immense production, le plus beau casting Africain-Américain encore à ce jour, et avant tout, adaptation du best seller d'Alex Haley. Wattstax, comme Roots, a bouleversé à jamais la représentation de l'Africain-Américain dans le paysage audiovisuel américain.
Wattstax, Oeuvre Gigantesque !
Wattstax est tout simplement un excellent film,
Ă la fois documentaire musical et chronique sociale.
Alors aprĂšs plus de 30 ans d'attente, bienvenue dans Wattstax !
Odyssée dans la Musique Africaine-Américaine ... un certain Around the Black World in a Day !
Kodjo.